Valérian et la Cité des mille planètes

After years of peace and prosperity, an unknown force wants us to destroy all we have created.

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C’est le film français (voire européen) le plus cher jamais réalisé, avec un budget d’un peu moins de 200 millions d’euros. Une somme qui s’aligne sur les chiffres des superproductions d’Hollywood. Et c’est le plus américain des réalisateurs français, Luc Besson, qui est à l’origine de ce projet titanesque pour revenir aux sources de l’inspiration des grandes épopées galactiques comme Star Wars. Valérian et la Cité des mille planètes est l’adaptation de la bande dessinée Valérian et Laureline créée par Pierre Christin et Jean-Claude Mézières et qui a bercé la jeunesse de Besson.

Son précédent film de science-fiction Le Cinquième élément s’inspirait déjà de cet univers et était également similaire en termes de production, avec un casting anglophone et un budget colossal. Ce film avait été un succès autant en France qu’à l’international. Il restait à voir si Valérian pouvait égaler ce succès commercial et artistique.

Titre : Valérien et la Cité des mille planètes
Sortie : 2017
Réalisateur : Luc Besson
Acteurs/trices : Dane DeHaan, Cara Delevingne, Clive Owen

Synopsis

Alpha, la Cité des mille planètes, est une station spatiale accueillant des milliers de civilisations venus de tous les coins de l’univers. Alors qu’un mal semble gangréner la station, les agents spatio-temporels Valérian et Laureline sont chargés d’enquêter.

Commentaires

C’est un projet personnel pour Luc Besson qui s’est beaucoup investi pour adapter l’univers de la bande dessinée en s’entourant des créateurs eux-mêmes et en donnant carte blanche à l’équipe créative, comme il l’avait fait sur Le Cinquième élément. L’idée était de développer des motifs nouveaux et de s’émanciper de la référence à Star Wars, assez inévitable quand on sait que la bande dessinée a également inspiré Georges Lucas (du Faucon Millenium jusque dans les détails des casques, tout ça a été développé par des dessinateurs français, cocorico !). Cette liberté de création et les moyens qui lui sont donnés sont assez remarquables.

valerian_img5Visuellement, le résultat est impressionnant à l’écran, et on sait où l’argent a été dépensé. Les effets spéciaux sont innombrables et très crédibles pour rendre un film de science-fiction lumineux qui en met plein les yeux. Malgré tout, sans pour autant donner la désagréable impression d’être dans un jeu vidéo, on frôle l’excès et la surcharge d’effets. Si le film joue parfois avec le fond vert irréel, comme dans la première scène de Valérian à la plage ou la séquence du grand marché dans une dimension numérique, on est assénés par les effets spéciaux qui tendent à déshumaniser le film dans la fioriture et la complexité.

Cette froideur n’est pas uniquement perceptible dans les effets. Le profil des deux acteurs principaux, Dane DeHaan et Cara Delevingne, manque parfois de chaleur pour embarquer le spectateur. Disons-le clairement, leurs têtes ne sont pas toujours sympathiques. Cara Delevingne, malgré son charme hypnotisant, a tendance à garder sa gueule froide hautaine probablement héritée du mannequinat et qui fait sa célébrité. DeHaan, qu’on a connu plus crédible dans le rôle d’un orphelin dans The Place Beyond The Pines, traîne toujours ses cernes bordant ses yeux creux. C’était un choix atypique d’avoir des acteurs aussi jeunes, avec une carrure peu conventionnelle pour ce type de personnages, mais qui correspond davantage au rapport entre les deux anti-héros.

Quand bien même, leur jeu et la dimension humaine qu’ils donnent aux personnages sauvent les meubles. Il faut dire que le personnage de Laureline est sacrément balèze et ne ressemble pas à la potiche sexy qui sied trop souvent aux rôles féminins au cinéma. Malgré ses soupirs exaspérés très convaincants et son visage d’adolescente, l’actrice est crédible dans son rôle. Ce casting peu conventionnel est autant une force qu’une faiblesse. Le reproche principal que je ferai aux héros est le flirt qu’ils entretiennent, surtout initié par Valérian, insistant à la limite du harcèlement avec ses multiples demandes de mariage. Était-ce vraiment nécessaire ?

Le reste de la distribution est de qualité. Rihanna fait une apparition dans un rôle touchant, mais qui est mal gérée sur la fin. Alain Chabat est méconnaissable en pirate. Rutger Hauer, le réplicant emblématique de Blade Runner, fait un caméo au cours du générique, tandis que le musicien Herbie Hancock fait écho au président noir du Cinquième élément dans son rôle du ministre.

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Côté créatures, le trio des Doghan Daguis, hérités des Shingouz de la BD, sont amusants, le réplicateur sur lequel les héros mettent la main est une petite bébête fort attachante, les Boulan-Bathors gastronomes et couturiers enthousiastes sont aussi bien conçus. Ces extraterrestres apaisent la narration de l’histoire avec plus de légèreté. C’est une réussite à ce niveau.

La magie de la Cité des mille planètes se base aussi sur la coopération des peuples de tout l’univers, qui forge la diversité sur Alpha. Cette entraide est résumée pendant le générique du film par la chronologie des poignées de mains entre nationalités humaines, puis entre espèces, avec Space Oddity de David Bowie en fond sonore. En toute simplicité, tout est dit sur la genèse de cette arche spatiale coopérative et sur les avancées technologiques à travers le temps.

Le peuple des perles rappelle la grâce de la diva du Cinquième élément et le regard innocent de Milla Jovovich. Ces personnages sont le moteur de l’intrigue. Leur anéantissement renvoie aux secrets militaires que Valérian et Laureline vont percer. L’aventure du film est bien racontée, à l’ancienne, avec des péripéties, des obstacles, des trahisons, une lutte contre le temps pour découvrir la vérité. Les K-Trons sont également des androïdes soldats assez effrayants et brillamment élaborés.

L’histoire est assez prenante avec cette enquête, et malgré sa simplicité, elle se révèle efficace dans ce genre de films de science-fiction. Le rapport de force entre peuplade paisible d’un monde paradisiaque et civilisation militarisée rappelle l’ADN esthétique et anti-colonisatrice d’Avatar, dans un duel de David contre Goliath.

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Conclusion

Cette nouvelle superproduction de Besson est un pari ambitieux pour concurrencer les puissantes franchises de science-fiction hollywoodiennes, inspirées pour la plupart par des bandes dessinées, elles aussi. Valérian ressemble à un terrain de jeu idéal pour les animateurs et les créateurs français, et on sent qu’ils se sont fait plaisir. À la fin du film, avec les gros moyens déployés et la distribution anglophone, on en a oublié qu’il s’agissait d’une production française. Visuellement, le film en met plein la vue et assure du grand spectacle, mais il manque plus de chaleur pour adhérer totalement à l’univers.

Il y a encore beaucoup d’histoires à raconter avec ces deux personnages. Cette aventure peut être le début d’une longue série, à condition que le public réponde présent, ce qui n’est pas assuré. Le grand public français aurait la fâcheuse tendance à apprécier les innovations de la SF tricolore seulement quand elles sont digérées outre-Atlantique.

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