Metallica Through The Never

Give me fuel, give me fire, give me that which I desire.

metallica-through-the-never_img1 Une critique de film, une chronique d’album ou un compte-rendu de concert ? Rien que dans le format de mon article, cet objet concocté par Metallica allait me poser des problèmes.

C’est leur dernier film en 3D, intitulé Through The Never, qui m’avait valu ce déplacement jusqu’à Paris pour l’avant-première au Grand Rex. Monter sur la capitale était l’occasion de voir le film dans des conditions idéales sur un écran IMAX, rencontrer Lars Ulrich et Kirk Hammett venus faire la promotion de leur création et revoir bien évidemment des amis sur la capitale.

Parce que c’est un évènement musical autant qu’une œuvre cinématogra- phique, je ferai un mélange d’articles originellement dédiés pour un DVD live, une sortie ciné et un spectacle.

Cela faisait longtemps que la rumeur de ce projet de film en 3D courait et en voici l’achèvement. Ce projet dépasse celui d’une sortie d’un énième concert enregistré, pour deux raisons. La plus importante est que le groupe a tenu à montrer des images élaborées des concerts enregistrés à Vancouver les 24, 25 et 27 août 2012 et d’y ajouter une intrigue parallèle. La référence au film The Song Remains The Same de Led Zeppelin, qui exploitait ce même format de concert entrecoupé d’images de fiction, n’a pas tardé à résonner.

La deuxième raison est que cette série de concerts canadiens révélait une prestation scénique très spectaculaire. Le groupe avait sorti l’artillerie lourde avec une scène centrale incroyablement grande et des accessoires qui faisaient écho à leur carrière en concert. On retrouve la statue Doris d’And Justice For All qui s’écroule, les croix de cimetière de Master Of Puppets, les cercueils de Death Magnetic, les accidents en cascades comme sur le Cunning Stunts. On découvre aussi des nouveautés comme les bobines Tesla qui envoient des éclairs sur la chaise de Ride The Lightning ou une cuvette de chiotte en référence à la pochette de Metal Up Your Ass (la démo du premier album). Cela sans oublier les batteries d’effets pyrotechniques, d’explosions et de lasers.

Une vaste architecture qui a nécessité plus d’un an de préparation pour huit dates à Mexico (soit deux semaines où le Palacio de los Deportes était calé sur l’heure de Metallica, tout de même !) puis quatre dates canadiennes (à Edmonton et Vancouver). Une cinquième journée de concert au Canada dût être programmée pour finaliser les prises de vue du concert à Vancouver.

Voilà pour les préliminaires de ce film, que je vous propose de découvrir comme je l’ai découvert.

Titre : Metallica Through The Never
Sortie : 2013
Réalisateur : Nimrod Antal
Acteurs/trices : Dane DeHaan, James Hetfield, Lars Ulrich, Kirk Hammett, Rob Trujillo

Synopsis

Trip, un jeune roadie de Metallica, est envoyé chercher un mystérieux paquet alors que le groupe donne un concert. Il se retrouve au cœur d’une surprenante émeute urbaine qui vient compliquer sa tâche.

Commentaires

Rencontre à la Fnac

Pour l’avant-première du film, le groupe se devait d’assurer la promotion de celui-ci pour boucler le cycle de production. Dans cette promo à travers le monde, c’est Lars Ulrich et Kirk Hammett qui ont été débauchés pour faire un tour à Paris (avant d’aller à Madrid le lendemain). C’est initialement Rob Trujillo qui devait accompagner le batteur mais c’est avec grand plaisir que j’ai appris que Kirk l’avait remplacé.

La journée chargée, autant pour les deux membres du groupe que pour nous, commençait à la Fnac des Ternes où une rencontre était programmée dans l’après-midi. Là j’ai pu revoir MC et Pablito du forum RML (qui nous avait réuni autour de Metallica, vous vous en douterez). Mes camarades m’avaient bien aimablement gardé une place depuis la matinée.

Autant dire que la logistique s’annonçait compliquée pendant cette rencontre ouverte et gratuite dans les locaux de la Fnac. La volonté de chacun de voir le groupe au plus près a échauffé les esprits et beaucoup de tension jaillissait du public agressif (si c’est pas triste).

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Mr Hammett capturé par Marie-Claire

Peu après 16h, après que la bande-son du film soit passée en boucle et que les journalistes aient interviewé les personnes les plus exubérantes mais pas les plus intéressantes autour de nous (non pas que nous voulions nous prêter à cette farce pour le festival du cliché du Petit Journal), c’était l’heure de l’arrivée de nos artistes. Tout le monde s’est rué de manière anarchique sur le bandeau au plus près du groupe pour espérer une dédicace, une photo, une caresse ou que sais-je (il n’en était rien). Il fallut ensuite faire asseoir le public comme des enfants pour que tout le monde puisse voir.

Même si les gens debout au fond voyaient mieux que nous assis au deuxième rang, j’étais content d’avoir Lars et Kirk sous mes yeux, le premier avec le cure-dent dans la bouche et l’autre éclatant de classe (malgré les yeux fatigués). La distance était bien moins problématique que la dernière fois où je les avais vu du fond du Stade de France. « Voir » est un bien grand mot. « Apercevoir » ou « imaginer » seraient plus justes.

La rencontre était animée par Philippe Manoeuvre, ou le journaliste fantoche par excellence, brillant par sa prétention et sa bêtise plus que par son accent en anglais. Un accent français qui doit ajouter de la « french touch » pour les étrangers qu’il interviewe (et encore, Lars et Kirk faisaient des grimaces à ses questions), mais pour l’assistance, les « frou ze néveure » pour le titre du film avaient du mal à passer. Lorsqu’il se faisait hué, le bonhomme faisait mine de ne pas comprendre, avant que Lars n’enfonce le clou : metallica-through-the-never_img6« il y a beaucoup de choses que je peux changer mais pas l’accent de Philippe Manoeuvre » a lancé le batteur. Puisque le journaliste ne pouvait pas se venger sur le groupe, il l’a fait sur l’interprète en lui coupant la parole pour lui corriger ses traductions. Très mauvais, M. Manoeuvre. On ne touche pas aux traducteurs !

À côté de tout cela, Ulrich et Hammett ont donné des clés au sujet du film et de l’actualité du groupe, en répondant aux questions pourtant peu passion- nantes des journalistes comme du public. Lars est revenu sur la genèse du film financé exclusivement par le groupe pour bénéficier d’une totale indépendance, tout en se refusant de dévoiler le budget. Avec humour, les deux larrons ont promis de jouer Lulu et St. Anger en entier sur scène avant de revenir sur leur collaboration avec Lou Reed dont ils sont fiers et leur état d’esprit en tant que groupe stable. Ils ont également spécifié qu’ils devaient reprendre la route des studios pour transformer les riffs de James Hetfield en chansons pour le successeur de Death Magnetic.

En conclusion, il y en avait des vertes et des pas mures dans cette rencontre mais ce fût un sans-faute de la part du groupe. C’était fort sympathique de les voir de près, entre décontraction et professionnalisme, en plein boulot de promotion. Après une heure de questions / réponses, le groupe devait se rendre aux studios de Canal Plus tandis que nous nous dirigions vers le Grand Rex pour la projection de ce soir.

Rencontre au Grand Rex

Une nouvelle attente était au rendez-vous, celle devant le cinéma. Vers 19h, nous pénétrons enfin dans la très belle salle principale du Grand Rex avec ses 2 700 places dans un décor méditerranéen et sous un plafond étoilé. Comme si nous en avions besoin, on nous colle un chauffeur de salle un brin prétentieux qui affronte un public quelque peu hostile à ces frasques d’animateur.

Le carnaval du monde ridicule du spectacle grand public continue avec une comparse qui apparaît sur l’écran et interviewe les fans restés à l’extérieur du cinéma pour des dédicaces. Je plains le bonhomme qui avait le malheur de zozoter et d’aimer le Black Album, flingué par la salle cruelle mais amusante. Lorsque le groupe sort de leurs voitures, il est assez dur pour nous de voir les fans chanceux se faire dédicacer leurs choses sous nos yeux.

metallica-through-the-never_img5Alors que nous les avions déjà vu plus tôt dans l’après-midi, Kirk et Lars font une entrée triomphante, digne d’un show américain dans le Grand Rex. Hammett joue le jeu et s’amuse à faire des grimaces marrantes à la caméra. Autant dire que le groupe est proche de son public et lui rend bien les tonnerres d’applaudissements. Lars laisse même dans l’embarras l’animatrice pour saluer le public enthousiaste. Encore une fois, on se passerait bien de ces animateurs cacahouète qui ose en plus rire de la moustache de l’interprète, toujours sympathique. Encore une fois, on ne touche pas au traducteur, non mais !

De nouvelles questions / réponses qui complètent encore le contexte du film et frisent la répétition pour nous autres. Après cette plaisante présentation, les deux représentants du groupe, toujours très classes, repartent sans assister à la projection du film qu’ils ont assez vu, on s’en doute.

Le film (enfin !)

Comme le soulignait Lars Ulrich pendant les rencontres, le scénario n’est pas des plus épais pour ce film. Pour tout dire, les scènes de concert prennent largement le pas dans le film et au premier abord, l’histoire parallèle ne semble être qu’un prétexte. Elle fait pourtant toute la particularité du film. Le batteur a plusieurs fois spécifié la nature allégorique de cette aventure du roadie, libre d’interprétation et à laquelle personne n’a la clé.

metallica-through-the-never_img3Interprété par le jeune Dane DeHaan, apparu à l’écran pour le film The Place Beyond The Pines, le héros doit récupérer un sac au contenu intriguant à la manière de la valise de Pulp Fiction et dont le groupe a apparemment besoin. Son chemin sera aussi semé d’embûches que celui du Dude de Postal² [mode gamer off] : une mission banale mais compliquée par des émeutes qui virent au fantastique.

La réalisation laisse plusieurs clés pour décrypter le film. Le fait que Trip s’appelle ainsi et prenne un cacheton avant de prendre la route ouvre une voie sur la suite de son odyssée à travers le néant. À mon humble avis, le plan où il voit la salle se remplir est une clé, de même que le générique de fin sur Orion qui se veut bien évidemment un hommage à un membre disparu qui manque au groupe, autant qu’un sac… Peut-être.

Au-delà de l’auto-complaisance, c’est enfin un hommage aux acteurs de coulisses, aux roadies qui, comme le rappelait Kirk, « jouent leurs vies et risquent leur peau » pour créer le spectacle autant que les musiciens eux-mêmes.

Pendant que Trip se fait témoin de l’apocalypse en dehors de la salle, le concert de Metallica bat son plein et aligne les titres fracassants. On retrouve le groupe dans ce qu’il sait faire de mieux. Chaque titre est une invitation à taper du pied et la prestation des musiciens est aussi impressionnante que le spectacle scénique qui, lui, est inédit. Ça explose dans tous les sens et la 3D, malgré ses défauts habituels (couleurs ternes, mascarade de relief), nous immerge dans le feu de l’action.

Après plusieurs concerts globalement dépouillés d’accessoires de show (hormis les cercueils et les ballons de la tournée Death Magnetic), Metallica fait sur ce film un clin d’œil à sa période plus spectaculaire, comme lorsque le groupe revient dans une configuration intime après que la scène se soit écroulée.

Le son au Grand Rex était bien fort et on se serait cru à un vrai concert. Je n’arrivais plus à différencier les réactions du public de Vancouver et celui de Paris autour de moi. Le public participait pourtant véritablement, jusqu’à créer un vrai effet en trois dimensions : le son crache des enceintes, les musiciens jouent devant nous et j’entendais mes voisins applaudir et chanter. Comment ne pas être immergé ?

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La réalisation de Nimrod Antal est un gros point positif de ce film. Je ne crois pas avoir vu un enregistrement live aussi bien filmé. Certains plans sont réellement splendides et mettent parfaitement en valeur le groupe dans toute sa puissance et son élégance. On peut dire que le montage et les prises de vue sont soignés et prouvent à elles-seules qu’on n’assiste pas à une captation en concert traditionnelle mais à une pièce de cinéaste, sans verser dans le clip.

Le choix des morceaux, même s’il fait apparaître quelques coupures par rapport à la set list d’origine, s’avère très fin dans la cohérence par rapport à l’intrigue. Mes moments préférés restent le court Wherever I May Roam avec ce duel entre émeutiers et policiers qui frappent leur bouclier sur la mesure ; ce plan fantastique de Creeping DeathDeHaan rejoint les fans sur les « die » ; ou enfin le passage de Battery où le personnage s’enflamme et retourne à la vie sur la transition mélodique entre Nothing Else Matters et Enter Sandman. Les accroches de James Hetfield sur « Are you alive? How does it feels to be alive? » n’ont jamais eu autant de sens.

Je sors finalement plus convaincu après cette projection spectaculaire qu’à l’entrée. Les conditions étaient réunies pour nous faire vibrer, en terme de musique et d’orchestrations scéniques et visuelles. Croisons les doigts pour voir une scène de cette structure dans nos contrées.

Pour combler cette journée, nous croisons les membres de Gojira à la sortie, invités à la projection, comme nous le confie Mario Duplantier, toujours naturel et chaleureux comme ses comparses. Le batteur avoue être venu de son Sud-Ouest landais pour répondre présent à cette avant-première.

Conclusion

Le fameux film de Metallica a de quoi perturber rien que dans son format. Est-ce un concert ? un clip ? une fiction ? Ce procédé chimérique me faisait craindre le pire. La peur d’effets kitsch, de vide scénaristique et de ficelles décousues s’est évaporée à la vue de la réalisation solide sur les scènes de live qui occupent principalement la durée du film.

Through The Never est-il une œuvre de mégalomanie ou un pari ambitieux ? Dans tous les cas, c’est un pari réussi car Lars ne ment pas en disant que c’est un film jusqu’ici jamais vu. La dimension ouverte et allégorique de l’intrigue rajoute une touche de profondeur dans le propos, de quoi donner du grain à moudre aux fans. Certes, le concept de concert fictif n’est pas inventé par Metallica mais le groupe a exploré suffisamment loin pour proposer un spectacle cinématographique unique qui montre l’investissement du groupe et ouvrira peut-être la voie vers d’autres formats de ce genre.

C’est surement la fin d’un long projet pour le groupe, qu’on attend pour un autre projet alléchant : un nouvel album.

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