La La Land

How are you gonna be a revolutionary if you’re such a traditionalist? You hold onto the past, but jazz is about the future.

la la land_img2C’est le nouveau succès populaire et critique du début d’année 2017, la nouvelle coqueluche hollywoodienne du public. Après le brillant Whiplash, le jeune réalisateur américain Damien Chazelle est l’auteur de La La Land, un film aux allures de comédie-musicale porté par le duo vedette Emma Stone et Ryan Gosling.

Ce film dans la pure veine hollywoodienne a reçu l’approbation du public, enchanté par l’histoire d’amour à la fois moderne et rétro, ainsi que de l’Académie. Récompensé par six Oscars, La La Land rappelle qu’Hollywood aime se contempler et s’auto-congratuler.

Au-delà de l’agitation mondaine des récompenses, que penser de ce nouveau long-métrage populaire ? Que nous raconte ce conte musical ?

Titre : La La Land
Sortie : 2017
Réalisateur : Damien Chazelle
Acteurs/trices : Emma Stone, Ryan Gosling, John Legend

Synopsis

À Los Angeles, une jeune actrice et un musicien tombent amoureux et unissent leurs forces pour réaliser leur objectif respectif : devenir célèbre et ouvrir un club de jazz.

Commentaires

L’affiche envoie du rêve : l’image est soignée et belle, et annonce une belle histoire romantique ; le casting est talentueux ; le nom de Whiplash assure une production de qualité pour qui connaît ou a eu des échos du film de Chazelle.

Et il s’agit bien de rêve. L’expression « la-la land » évoque une notion d’inconscience, de détachement par rapport à la réalité, proche du rêve, et désigne également la ville de Los Angeles (L.A), comme lieu de désirs, d’espérance et de frivolités. La cité des anges est très mise à en avant dans ce film. À travers ces multiples scènes dans les lieux iconiques de la mégapole californienne (l’observatoire Griffith, le funiculaire d’Angels Flight, Hollywood Hills et sa vue sur la plaine urbaine, ses échangeurs autoroutiers, jusque dans les studios de cinéma), le film fait office de carte postale de Los Angeles.

Hollywood n’est pas qu’un décor. Le film est Hollywood. La forme en comédie musicale et en danse de claquettes est un hommage à la bonne vieille époque. Les pièces de Fred Astaire ont servi de sources d’inspiration. Le film dépeint les débuts de carrière d’une actrice, en quête de succès malgré l’accumulation d’auditions manquées. Les idéaux des personnages sont des illusions à laquelle ils s’efforcent de s’accrocher. En définitive, c’est aussi une énième illustration du rêve américain, où la détermination est la clé de la réussite. Leurs échecs sont autant de critiques que d’éloges à l’industrie, implacable mais forgeuse de talents.

Briller par la détermination, la frustration et l’effort, c’était la morale fortement contestable de Whiplash où un professeur de musique jazz se donnait légitimement le droit de torturer ses étudiants pour les pousser à bout et tirer le meilleur d’eux-même.

la la land_img5Le jazz est une musique à laquelle le réalisateur doit tenir, car elle est à nouveau dans la bande originale de La La Land ainsi que dans les aspirations des personnages. Elle dévoile une approche tout aussi ambiguë que dans Whiplash. Le personnage de Ryan Gosling est passionné de jazz et veut ouvrir son propre club où l’on pourrait jouer la musique traditionnelle qu’il semble vouloir préserver. Son idéal s’oppose à l’opinion de Keith, joué par le chanteur John Legend. Celui-ci lui offre une carrière pop juteuse qui l’éloigne de ses objectifs, et lui rappelle que le jazz ne se regarde pas uniquement dans le rétroviseur.

Considérant le rôle opportuniste que le réalisateur a donné à Keith, Chazelle semble être en désaccord avec cette vision progressiste de la musique et, à l’instar de Whiplash, prend la direction la plus critiquable et paradoxalement démontée au sein même de son film. Certes, il appartient à Sebastian de choisir quel style lui sied, mais cette vision quasi réactionnaire est un peu méprisante et trouve son meilleur contre-argument dans les mots de Keith. C’est un bémol dans la partition du film.

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Le jazz est la clé de voûte du film, qui réalise le souhait de Sebastian de rendre au jazz d’autant ses lettres de noblesse. C’est une grande réussite, car les thèmes composés par Justin Hurwitz sont sublimes et se conjuguent magnifiquement avec tous les tableaux du couple. La bande originale est très belle, avec de jolies séquences musicales rafraîchissantes comme l’introduction Another Day Of Sun, A Lovely Night et ses danses tout en séduction, Someone In The Crowd pleine de panache lors de la sortie entre filles, et The Fools Who Dream plus émotive et captivante pendant l’audition. On comprend que la partition de Hurwitz ait été doublement récompensée aux Oscars (meilleure musique originale et meilleure chanson originale avec City Of Stars, une ode à Los Angeles et au rêve qu’elle incarne).

La réalisation de ces scènes musicales clé est également particulièrement soignée avec des prises en plan-séquence qui ont demandé une exigence de performance de la part du casting. Les deux acteurs ont dû reprendre des cours de chant et de danse. Ryan Gosling avait déjà des bonnes bases, acquises dans sa jeunesse chez Disney. Le Canadien a également exécuté ses prises au piano sans doublure.

Je serais tout de même frileux pour parler d’une comédie musicale entière, car si le début accumule les scènes musicales, la suite du film essouffle ce procédé pour se concentrer sur l’histoire et la bande-son. Ce partage est bien équilibré à mon sens et évite que le film ne s’enferme dans un genre. Ça le rend plus atypique et bigarré.

LLL d 12 _2353.NEFOutre la mise en scène bien chorégraphiée et la photographie sublime et lumineuse (toutes deux logiquement récompensées aux Oscars), la structure du film est captivante et originale. L’idée de présenter les personnages en parallèle, de leur rencontre houleuse sur l’autoroute jusqu’au club, était bien initiée. De même, le flashback alternatif lors de l’épilogue est émouvant et évite de tomber dans un écueil inapproprié. C’est une ultime rêverie dans leur relation passionnée. L’issue est toute logique pour ces compagnons qui ont partagé et atteint leur rêve et leurs ambitions.

La scène de retrouvaille dans le club fait à nouveau écho à Whiplash, où le jeune batteur avait entendu et aperçu son ancien prof en train de jouer du piano. Le club de jazz est étonnamment ressemblant. J. K. Simmons, qui interprétait Fletcher dans Whiplash, tient dans ce film un petit rôle, à nouveau désagréable, en clin d’œil.

Conclusion

La La Land est une nouvelle ode à la gloire d’Hollywood. Elle dépoussière les vieux succès des studios avec une approche contemporaine. Sa morale passéiste nostalgique du « c’était mieux avant, quand le jazz était le jazz » plombe un peu le film par une vision prétentieuse et erronée du jazz. On ricane quand on voit que le grand défenseur de l’intégrité de cette musique afro-américaine est un Blanc, ce qui en dit long sur le rapport timide d’Hollywood à la diversité.

Hormis cela, je ne serais pas celui qui descendra gratuitement ce film populaire pour se démarquer, car j’ai pris un bon moment devant La La Land. Si le fond est parfois contestable, la forme est beaucoup plus ravissante et ingénieuse. la la land_img3La thématique du rêve traverse toute l’œuvre, par des ambitions idéalisées chez les personnages et par des passages surréalistes, musicaux ou romantiques. C’est un film dynamique, onirique et rafraîchissant, plein de charme et de couleurs, à la réalisation léchée et transcendée par une performance lumineuse d’Emma Stone et de Ryan Gosling, qui crèvent l’écran comme de vrais vedettes de cinéma.

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