Iron Maiden – The Book Of Souls

book-of-souls_img1Après une tournée nostalgie reprenant les titres phares du Maiden England, il était temps pour Iron Maiden de préparer un nouvel album. The Final Frontier, sorti en 2010, n’avait rien d’un album final puisque le groupe anglais repousse en 2015 une nouvelle frontière : celle de la durée. Depuis Brave New World, la longueur des albums du sextet n’a cessé d’augmenter. Parce que la durée d’un seul disque ne suffisait pas, la vierge de fer dévoile à présent un double album intitulé The Book Of Souls.

Bien qu’il ne s’agisse pas d’un concept album, plusieurs morceaux ont pour thème les légendes autour de l’âme. Eddie présente une allure de maya mystique. Pour une fois, la majorité des pistes n’a pas été composée par Steve Harris, préoccupé par la perte de proches. Même avec un cancer de la langue (aujourd’hui traité), Bruce Dickinson a su composer et enregistrer l’album sans qu’on ne s’aperçoive de son mal. Avec Adrian Smith, le chanteur est le principal compositeur de cet album, avec deux morceaux intégralement écrit qui devaient initialement figurer sur son disque solo.

Infos album

Album studio : The Book Of Souls
Groupe : Iron Maiden
Sortie : 2015

Membres

Bruce Dickinson : chant
Janick Gers : guitare
Steve Harris : basse
Nicko McBrain : batterie
Dave Murray : guitare
Adrian Smith : guitare

Pistes

Disque 1
1 If Eternity Should Fail 8:28
2 Speed Of Light 5:01
3 The Great Unknown 6:37
4 The Red And The Black 13:33
5 When The River Runs Deep 5:52
6 The Book Of Souls 10:27
Disque 2
7 Death Or Glory 5:13
8 Shadows Of The Valley 7:32
9 Tears Of A Clown 4:59
10 The Man Of Sorrows 6:28
11 Empire Of The Clouds 18:01

Analyse

Disque 1

If Eternity Should Fail

L’album débute par l’un des morceaux intégralement composés par Bruce Dickinson. Dans une ambiance mystique avec une petite mélodie asiatique au clavier, la voix du chanteur résonne a capella avec une réverb importante. Le reste du groupe débarque avec triomphe à grands coups de guitares en harmonie, la marque de fabrique du groupe. C’est un morceau porté par des lignes chantées très puissantes et émouvantes, notamment sur le refrain. On reconnaît la grâce des morceaux de Brave New World.

En milieu de piste, la basse ouvre une nouvelle ligne très différente de la tonalité du morceau. Ce passage sonne plutôt mal. C’est une transition plutôt ratée, mais qui n’entache pas la qualité de ce titre d’ouverture. On note qu’en dehors des mélodies harmoniques, aucun guitariste ne fait de solo distinctif (le dernier refrain inclut un solo de Janick Gers pendant que Dickinson chante).

Alors qu’on pouvait penser le morceau fini, la voix modifiée du chanteur apparaît sur une petite guitare acoustique triste pour déclarer un discours parlé inquiétant, depuis la bouche du prince des morts.

Speed Of Light

Après ce départ plutôt ténébreux et puissant, ce morceau accrocheur où on imagine le groupe souriant sur scène tranche et paraît même déplacé. La tonalité est plus rock n’ roll, typiquement heavy metal, intégrant tous les ingrédients mouvementés qui faisaient l’identité du groupe dans les années 80. Le lien avec Can I Play With Madness est vite trouvé. Au final, c’est un morceau sympa, pas mémorable, mais qui peut être bien efficace de par son format single.

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The Great Unknown

Iron Maiden revient ici à une tonalité plus sombre, avec une entrée crescendo, tant affectionnée dans les titres épiques de A Matter Of Life And Death. La puissance mélodique et rythmique est captivante. Le groupe nous emporte dans une aventure à grands coups d’envolées lyriques de Bruce Dickinson et de guitares rugissantes. C’est un très bon morceau.

The Red And The Black

Entièrement composé par Steve Harris, ce titre s’éloigne du thème de l’âme, si ce n’est pour parler de ceux qui vendent la leur au jeu. La basse et peut-être la guitare acoustique ouvrent le morceau dans un son dramatique, plantant le décor imposant. Affichant près de 13 minutes, il s’étire sur des accumulations de lignes mélodiques prenantes. L’accroche se fait sur les premières minutes fédératrices, avec notamment un chant collectif qui rappelle Heaven Can’t Wait. Toutefois, je peux comprendre qu’on puisse perdre le fil vu que le groupe tire un peu en longueur, bien que le morceau soit très varié et très fluide. C’est une nouvelle aventure audacieuse et un pavé imposant sur ce premier disque.

When The River Runs Deep

L’intro de ce titre part d’aplomb avec une guitare agitée. Mais c’est bien le riff de guitare qui suit qui donne la tonalité du morceau. Les toutes premières phrases sont un peu trompeuses. Il s’agit d’un titre dynamique et relativement accrocheur, mais il s’avère plutôt anecdotique.

The Book Of Souls

La chanson titre est un morceau épique. Une petite introduction à la guitare acoustique ouvre la piste, puis enchaîne des thèmes de guitares lourds qui révèlent des lignes mélodiques majestueuses et surprenantes. C’est un morceau que j’aime beaucoup pour son accumulation de passages glorieux et pour son efficacité précise, cachant une émotion forte.

Après un passage dégressif, le ton revient de plus bel avec une rythmique dynamique, propulsée par la batterie. Le passage chanté qui suit, accompagné par les guitares, est tout à fait sublime. Mon morceau préféré de l’album.

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Disque 2

Death Or Glory

La batterie et les guitares vrombissent sur l’introduction de cette première piste du deuxième disque, dans les starting blocks pour un nouveau morceau explosif. C’est un titre efficace et puissant comme Iron Maiden en fait souvent. Les paroles évoquent la guerre aérienne de la Première Guerre Mondiale avec les triplans.

Shadows Of The Valley

L’introduction à la guitare rappelle irrémédiablement celle de Wasted Years. Cependant, alors que le morceau tiré de Somewhere In Time avait une tonalité positive, cette intro est sombre et de courte durée, car le rythme change quelques secondes après. Le groupe embraye sur un rythme plus prenant qui donne l’impulsion tout au long du morceau. Le final fait apparaître des lignes fédératrices très appréciables.

Tears Of A Clown

Ce titre, le plus court de l’album, est cité parmi les favoris de Bruce Dickinson, alors qu’il admet ne pas l’avoir composé. Les paroles traitent de la dépression chez les amuseurs, et le morceau est dédié à Robin Williams qui s’est suicidé en 2014. Le timbre du morceau est clair, avec des lignes de guitares brillantes. Le refrain est à la fois puissant et mélancolique. Je ne partagerai pas la même opinion que Dickinson, mais c’est un bon titre.

The Man Of Sorrows

Ce morceau démarre sur une note très triste avec un solo de guitare mélodique et plaintif. Il s’agit d’une ballade mélancolique, avec un chant saisissant. Le rythme a tendance à changer vite dans ce morceau, et les transitions de timbre sont un peu brutes. Ce n’est pas un morceau équilibré ni très agréable, mais je dois avouer qu’il comporte des lignes très envoûtantes, où la basse embrasse les guitares harmonieuses, comme sur le break ou le final en decrescendo, s’évaporant avec délicatesse.

Empire Of The Clouds

Enfonçant le record de longueur tenu jusqu’ici par The Rime Of The Ancient Mariner figurant sur l’album Powerslave datant de 1989, ce morceau affiche 18 minutes au compteur. Autre particularité : Bruce Dickinson, seul compositeur de cette piste épique, joue du piano quasiment tout au long de l’album. Sans être un virtuose du piano, le chanteur a dû être rigoureux pour l’enregistrement, car ses acolytes se sont calés sur sa performance pour enregistrer par-dessus.

Ses notes révèlent des thèmes prodigieux et mélodiques, absolument éclatants. Les paroles, écrites par le chanteur passionné d’aviation, décrivent avec admiration le dirigeable britannique R101 et son accident en 1930 en Picardie lors de son voyage d’inauguration de Londres à Karachi.

Le morceau prend de plus en plus d’ampleur, comme pour partir dans un voyage aérien prodigieux. Malgré les répétitions, le crescendo marche bien. Des notes fracassantes et déstructurées viennent frapper le morceau pour entrer dans une phase instrumentale, répétant des lignes de guitares de manière parfois poussive sur plusieurs tonalités. Effectivement, le morceau contient des longueurs, mais n’est pas désagréable pour autant. Une transition inquiétante au piano revient sur le thème principal, pour finir le morceau avec emphase, puis douceur, de manière sublimement magistrale. Bruce Dickinson est fabuleux.

Conclusion

Après cinq ans d’absence dans les studios et une décennie pendant laquelle Iron Maiden est revenu d’aplomb, le groupe britannique continue de surprendre tout en ne changeant pas sa formule. L’équipe prouve qu’elle a encore plein d’idées, parvenant à remplir deux disques et à proposer encore plus de contenu à ses fans. Certes, les musiciens book-of-souls_img2ont eu visiblement du mal à trancher et à condenser ces 90 minutes de musique, mais cet album reste selon moi plus facile à écouter de bout en bout que leurs trois derniers albums.

Grâce à ses morceaux épiques remplis de mélodies comme la chanson titre ou Empire Of The Clouds, il est le meilleur album depuis Brave New World. Ses morceaux sombres et prodigieux comme If Eternity Should Fail ou The Great Unknown dévoilent de belles lignes ravageuses.

Avec un chanteur guéri de son cancer comme si de rien n’était, le groupe soudé depuis plus de 15 ans est à nouveau prêt à partager cet album sur une nouvelle tournée spectaculaire. Up the iron !

The dreamers may die but the dreams live on

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