Hellfest – 20/06/2014

Festival : Hellfest
Groupes : Iron Maiden
Septicflesh
Slayer
Sepultura
Date : Vendredi 20 juin 2014
Ville : Clisson

1400 kilomètres. C’est la distance que j’ai parcourue pour venir au Hellfest cette année. Je n’avais jamais fait autant de route pour venir uniquement pour un événement musical. Il fallait que cela vaille le coup et le coût pour se rompre le cou dans le pogo clissonnais.

hellfest1_img1L’affiche ne laissait aucun doute là-dessus. Je l’avais déjà évoqué dans un précédent article : cette neuvième édition allait être un nouveau palier en sortant un brelan d’as pour les têtes d’affiche. Si l’on compte les autres rois et jokers de cette main infernale, on obtient toutes les raisons pour que je fasse tapis et vienne de Prague jusqu’à Clisson. Le risque était faible, la mise était grosse et assurée, et le festival a tenu son pari.

150 000 festivaliers. Autre chiffre, c’est l’affluence monstre dont jouit le Hellfest, premier festival de musique extrême de France. Ce n’est pas une nouveauté. Les organisateurs ont même limité l’accès et augmenté en conséquence le prix des billets pour rendre le site moins saturé qu’il ne l’était l’année dernière. La demande était donc très forte et le chiffre aurait pu être bien plus élevé.

La grande réussite du Hellfest cette année, outre le fait de se payer des poids-lourds, c’est la capacité à répondre aux attentes des festivaliers et à P1050987soigner leurs conditions et la qualité du site. En effet, tout en restant sur le même site du Champ Louet (depuis 2012), le festival s’est vu garni de nouveaux décors impressionnants : une véritable place qui sépare le camping des concerts, une guitare géante sur le rond-point offerte à la ville de Clisson, un corbeau veillant sur la programmation, et même une grande roue. « C’est Disney » disait certains. D’autres comme Niko de Tagada Jones diront qu’on ne voit pas souvent des festivals qui « se cassent le cul » pour proposer cela aux participants.

Les organisateurs ont entendu les critiques sur la qualité de la bouffe, les chiottes, les douches et ont su mettre en place des mesures efficaces pour proposer mieux aux festivaliers. Ils ont même équipé le site de dalles pour éviter la boue en cas de pluie. Ce fut le seul échec car la météo bretonne a déjoué les pronostics en affichant un soleil éclatant pendant tout le week end. Ce n’est pas la boue mais la sécheresse et la poussière qui ont envahi le site. Enfin, sécheresse, pas dans les gosiers en tout cas… Même si elle est plus chère qu’à Prague, la bière a évidemment coulé à flots.

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Alors que la SNCF était encore en grève le vendredi 20 juin, j’ai miraculeusement réussi à rejoindre Clisson depuis Roissy car mes trains étaient assurés. J’étais béni, à croire que Dieu m’avait conduit dans l’enfer paradisiaque qu’est le Hellfest. S’il existe, il est surement moins borné que ses disciples extrémistes qui condamnent le festival aveuglément.

Arrivé sur le site, on ne peut passer à côté de l’autre grande grève du moment dont le Hellfest est encore épargnée : celle des intermittents du spectacle. Une banderole affiche bien évidemment sa solidarité avec le mouvement.

Ayant posé ma tente au camping, je fais un joyeux tour du site et de grande roue avec mon père, qui m’accompagnait déjà au Hellfest la première fois quand j’avais 15 ans. Putain, j’étais jeune, je me souviens encore de ces gentils festivaliers bourrés qui m’avaient fait une brusque accolade pour féliciter la relève.

Un changement de dernière minute décale le concert de Death Angel qui se voit interverti avec celui de Trivium. J’avais déjà vu ces derniers en 2012 et loupé les thrashers californiens. P1060238Je comptais sur cette édition pour me rattraper mais leur horaire tombait sur le créneau de Septicflesh que j’avais découvert et révisé deux semaines avant la date fatidique. Je ne pouvais pas ruiner ces efforts et mon choix s’est porté sur les Grecs. J’avais même fait un tour au Extreme Market pour acheter leurs trois derniers albums dont le tout dernier, Titan, fraîchement sorti ce jour même.

Dès ma sortie du Market, me voilà accosté par D17 pour un micro trottoir qui n’a pas été réutilisé (pas assez intéressant). Au moins, mes propos n’ont pas pu être écorchés. Je voulais m’assurer que ce n’était pas M6. J’ai pu donner mon impression du Hellfest, les groupes qui m’ont fait venir, et même le pronostic pour le match de la France contre la Suisse ce soir (2-1, raté). Après mon petit tour, quelques bières et le show de Rob Zombie, le festival pouvait enfin commencer pour moi en fin d’après-midi.

Sepultura

En pleine coupe du monde, ce sont les Brésiliens qui allaient donner mon coup d’envoi dans le pit. Après le titre The Vatican du dernier album The Mediator Between Hands And Head Must Be The Heart (ouais, c’est long) et Kairos, je me jette dans la fosse aux lions sur le titre Propaganda pour gueuler ce refrain « Don’t believe what you see / Don’t believe what you read ».

La poussière charriée par les violents mouvements du pit est extrêmement désagréable. Il faut avoir un foulard à tête de mort (que j’ai acheté plus tard) ou un masque à gaz (aussi en vente) pour supporter ça. Peu après, je me vois saigner du pif sur Refuse/Resist. Je l’avoue, avoir du sang sur les mains pendant ce morceau m’a donné plus de hargne. C’était tout à fait dans l’ambiance.

Les musiciens ont été très puissants. J’avais vu et préféré Cavalera Conspiracy il y a trois ans, c’est-à-dire l’autre entité de Sepultura après le départ de Max, mais je comptais bien voir ce que le groupe donnait P1060030maintenant, surtout avec le jeune batteur Eloy Casagrande. J’avais entendu parler de ce petit prodige lorsqu’il officiait dans le groupe d’Andre Matos. Ce gars a une vraie frappe de brutasse, ce qui a tout à fait sa place au sein de Sepultura. Dire qu’il a le même âge que moi…

L’humeur était massacrante. Que l’on préfère l’une ou l’autre version de Sepultura, il est toujours bon de s’agiter et de taper le sol sur les percussions de Roots Bloody Roots ou de Ratamahatta.
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Set list

  • The Vatican
  • Kairos
  • Propaganda
  • Impending Doom
  • Manipulation Of Tragedy
  • Convicted In Life
  • Dusted
  • Refuse/Resist
  • Arise
  • Ratamahatta
  • Polícia
  • Roots Bloody Roots

Iron Maiden

Cela faisait longtemps qu’on en avait rêvé : la Vierge de Fer à Clisson ! Ils n’ont jamais joué si près de mes terres. Je les avais loupé sur leur tournée Maiden England qui revisite les morceaux des concerts suivant l’album Seventh Son Of A Seventh Son en 1988. Je ne pouvais pas les rater une deuxième fois, le Hellfest venait comme une deuxième et dernière chance !

Ils étaient très attendus et ils nous ont fait attendre jusqu’au dernier moment avec un peu de retard de stars. Enfin, l’habituel Doctor Doctor de UFO résonne alors que nous découvrons le décor identique à celui de la tournée de la fin des années 80. C’est ensuite Moonchild qui ouvre le bal. J’avais réussi à éviter les set lists donc ce fut des surprises à chaque morceau.

Placé difficilement parmi les gens de la fosse qui ne bougent pas pendant le concert, j’essaye de grappiller quelques mètres entre les râleurs qui bloquent le passage en pensant que l’on veut piquer leur misérable place alors qu’on veut juste ne plus voir leur gueule de mollusques incapables de réagir au concert. C’était une mode des festivaliers chiants cette année : bloquer le passage dans la foule dense et imposer de rester entouré de festivaliers passifs.

P1060113Un concert de Maiden, ça se vit en live avec passion. Ce fût donc une déception en ce début de concert car, à une distance relative de la scène, le public n’était pas très actif autour de moi. J’étais tout de même bien plus proche du groupe qu’à mon dernier concert à Bercy, où je ne distinguais même pas la caboche des membres, donc c’était mieux niveau visuel.

J’étais à fond dedans, comme toujours quand un groupe que je connais joue, mais il manquait l’effet de groupe. En conséquence, je n’ai pas beaucoup apprécié les premières chansons qui ne m’ont pas transcendé. Moonchild, The Prisoner et Revelations ne figurent pas parmi mes préférés et j’ai trouvé Bruce Dickinson très statique. Quelle déception également lorsque ce dernier nous annonce qu’Afraid To Shoot Strangers a été remplacé par ce Revelations. J’aurai mouillé mon pantalon sur le morceau de Fear Of The Dark et la version studio de celui de Still Life est moyenne à mon goût. Heureusement, sa version live avec la participation du public entre les accords est plus prenante. C’est ma consolation.

Peu après, l’enchaînement des classiques The Trooper, The Number Of The Beast, le délicieux Phantom Of The Opera et Run To The Hills donne un bon coup de fouet au public et au groupe qui présente P1060105plus d’animations sur scène. Habillé en soldat anglais pendant la guerre de Crimée, Bruce Dickinson agite son habituel drapeau anglais et le colle même sur Janick Gers, le clown et souffre-douleur du groupe. Le guitariste se retrouve avec le drapeau sur le visage, lui masquant la tête pendant qu’il continue de jouer. Dickinson s’amuse pendant ce temps-là avec le public, excité et prenant un malin plaisir à se balancer pour faire bouger le décor de la scène.

P1060091Le chanteur et frontman s’exprime une fois de plus dans un bon français. Alors que l’équipe de France joue au même moment, il donne même le score au cours du concert. Il annonce donc la victoire de la France, alors que certains festivaliers n’en ont manifestement rien à taper. La prestation de Dickinson fut bien bonne. Même s’il court et saute moins qu’avant dans tous les sens, il reste très en forme vocalement, ne laissant le public s’égosiller seul que pour assurer les passages les plus hauts perchés derrière. Le public peut chanter haut et fort avec lui et je m’en suis donné à cœur joie sur les refrains, jusqu’à avoir la voix fatiguée tout le reste du week end (mais je chantais toujours).

Même à son âge, Dickinson assure et, contrairement à Di Anno, il sait encore chanter et n’utilise pas le public comme cache misère. P1060063Ses performances impressionnantes sur The Number Of The Beast et Aces High le prouvent. Quel plaisir d’entendre « Scream for me, Hellfest! »

Le reste de l’équipe dispose encore de son capital sympathie et énergie. Le duo Murray / Smith est beau à voir et à entendre, livrant des solos avec classe et majesté. Ce dernier donnera aussi de la voix, faisant de beaux arrangements avec Dickinson. Steve Harris contrôle toujours la scène avec son panache habituel et Nicko McBrain est encore caché derrière sa batterie.

Le septième membre, Eddie, est de la partie bien évidemment. Il apparaît en soldat de l’union sur Run To The Hills se battant avec Gers, en personnage occulte sur Seventh Son Of The Seventh Son ou comme sur la pochette de l’album éponyme, tenant un embryon remuant de manière affreuse alors que ses côtes bougent sur The Evil That Men Do.

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La deuxième moitié du concert est juste une accumulation d’émotions fortes. J’exulte sur le refrain de Wasted Years, l’extrait de Somewhere In Time, qui rappelle mon « carpe diem ». Ensuite, l’épique Seventh Son Of The Seventh Son présente une ambiance unique. C’est le point d’orgue du concert, où toute la magie s’exerce. Dickinson montre une coupe de cheveux plaquée à la Mathieu Chédid avant de s’éclipser sur une partie P1060090instrumentale dantesque avec le déluge de solos de guitare.

Puisqu’on parle d’orgue, un claviériste vient jouer le son imposant, ajoutant une texture grandiose pendant que les fumées, les lumières et les pétards assurent un spectacle fascinant. Seul le son vient poser problème sur l’interlude de la basse, mais le moment reste poignant. C’était très drôle lorsque Dickinson entame son passage narratif en rappelant le score écrasant de 5 à 0 pour la France.

C’est le majestueux Fear Of The Dark qui prend la suite alors que le public est chaud (avec même un pogo devant moi), ce qui fait plaisir à voir. La foule est toujours indispensable pour interpréter cette chanson. J’apprécie également d’échanger des regards comblés avec mes voisins de tous âges, aussi enchantés par la force d’Iron Maiden en concert.

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Bruce pète le feu !

Le rappel est une formidable surprise pour moi, avec Aces High et ses phrases splendides sur la lutte de l’aviation aérienne britannique pendant la Seconde Guerre Mondiale introduites par le discours de Winston Churchill. Je frissonne encore sur The Evil That Men Do, toujours merveilleux et passionnément mélodique.

Iron Maiden n’a pas failli à sa réputation et a livré un très bon show à Clisson, enfin ! Je reste trop frustré par le début un peu moyen du concert pour pouvoir dire qu’il s’agit du meilleur concert de ce week end mais il est clair que je l’ai beaucoup apprécié, avec un meilleur visuel qu’à Bercy et de grands moments comme le pont de Seventh Son…, juste magique.

Set list

  • Moonchild
  • Can I Play With Madness
  • The Prisoner
  • 2 Minutes To Midnight
  • Revelations
  • The Trooper
  • The Number Of The Beast
  • Phantom Of The Opera
  • Run To The Hills
  • Wasted Years
  • Seventh Son Of A Seventh Son
  • Fear Of The Dark
  • Iron Maiden
  • Aces High
  • The Evil That Men Do
  • Sanctuary

Slayer

Ce sera la troisième fois que je verrais Slayer au Hellfest. Mais il faut dire que les choses ont changé depuis 2010 : Jeff Hannemann est mort et Dave Lombardo s’est fait évincé. Ce sont Gary Holt et Paul Bostaph qui les ont remplacé respectivement. Si ce n’avait pas été eux, j’aurais surement boycotté ce concert. Mais j’étais curieux de voir ces deux-là officier avec Kerry King et Tom Araya.

P1060189Le premier morceau ne m’a pas donné tort : Hell Awaits, fulgurant et démoniaque avec son intro bouillonnante. J’avais de quoi être plutôt satisfait par le set list qui s’écartait de ce que j’avais entendu du groupe en live. Captor Of Sin et Seasons In The Abyss furent également très puissantes.

Bostaph a vraiment présenté une frappe monstrueuse sur les morceaux. Araya a bien assuré le chant et Holt m’a impressionné par ses violents headbangs et sa barbe fournie. À croire que c’est devenu un critère pour jouer avec Slayer. Je regrettais de ne pas entendre le flingueur d’Exodus du côté où j’étais. La guitare de Kerry King écrasait tout.

Contrairement aux fois précédentes, j’avais aussi envie de tester le mosh pit sur Slayer. War Ensemble m’avait donné de quoi m’agiter mais c’est surtout le final avec Raining Blood puis Angel Of Death sur lesquels je me suis lâché.

J’avais gardé les lunettes dans l’étui pendant la tumulte pour éviter de réitérer la mésaventure du Heavy MTL. Cela ne m’a empêché de voir le backdrop en hommage à Hannemann sur ces derniers morceaux. J’ai même fini en slam pour repartir sur les derniers accords d’Angel Of Death.

L’inconvénient c’est que la fatigue me donnait mal à la tête à chaque headbang. Cela m’a dissuadé de faire du mosh pit constamment. Lorsque j’étais positionné légèrement sur le côté droit, le public était plutôt dispersé et pas totalement dedans. L’ambiance n’était pas folichonne malgré l’implication de quelques fans qui ne connaissaient aucun repos. Par conséquent, ce fut un concert en demi-teinte, sans trop de passion sauf quelques sursauts de violence inconsidérée.

Set list

  • Hell Awaits
  • P1060181

  • The Antichrist
  • Necrophiliac
  • Mandatory Suicide
  • Captor Of Sin
  • War Ensemble
  • Hate Worldwide
  • Disciple
  • Implode
  • Seasons In The Abyss
  • Dead Skin Mask
  • Raining Blood
  • Black Magik
  • South Of Heaven
  • Angel Of Death

Septicflesh

Il y a longtemps que j’entends les éloges sur ce groupe sans y avoir jamais porté une attention particulière. Un festival de metal est l’occasion pour découvrir les groupes et se motiver pour se pencher sur leur musique. J’ai donc saisi l’opportunité pour jeter mon dévolu sur ce groupe grec de death metal symphonique, en me passant en boucle leurs albums Communion et The Great Mass peu de temps avant le Hellfest. Cela m’a permis de préparer ce concert dans de bonnes conditions et d’apprécier la prestation.

En effet, aucun morceau joué ne m’a échappé. Entamé avec le somptueux et infernal A Great Mass Of Death, le concert a dévoilé de très bons extraits de ces deux albums, avec également Persepolis et Pyramid God, très puissants. La bande-son de l’Orchestre Philharmonique de Prague en fond a donné beaucoup d’emphase à leur jeu, notamment sur ces morceaux.

P1060202Outre l’orchestre qu’il est évidemment difficile de faire déplacer en tournée, c’est l’absence du guitariste Sotiris Vayenas qui aurait pu se faire ressentir, notamment au chant clair. Les morceaux où son chant est plus présent, comme Sangreal ou Rising, ont été évités pour ne pas trop faire appel à du chant de substitution.

Seth à la basse a très bien assuré le chant guttural et comblé ce manque. Le chanteur s’est montré très charismatique pour haranguer le public comme dans une célébration noire. Son costume était également impressionnant. Christos Antoniou, autre tête pensante du groupe, s’est montré plus en retrait.

Le groupe sortait ce jour même leur nouvel album Titan et a donc joué pour la première fois les trois extraits déjà rendus disponibles ces derniers jours, Order Of Dracul, Burn et Prototype. Le très efficace Anubis a terminé le concert avant Five-Pointed Star plutôt mystique, avec ses percussions fracassantes et longues où tous les membres quittent un à un la scène. Très bonne découverte. Je ne regrette pas de partir avec les derniers disques du groupe sous le bras.

Set list

  • A Great Mass Of Death
  • Communion
  • Order Of Dracul
  • Pyramid God
  • Burn
  • Prototype
  • The Vampire From Nazareth
  • Persepolis
  • Anubis
  • Five-Pointed Star

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