Hellfest – 18/06/2017

Festival : Hellfest
Groupes : The Dillinger Escape Plan
Prophets Of Rage
Alter Bridge
DevilDriver
Date : Dimanche 18 juin 2017
Ville : Clisson

Dernière journée de concerts au Hellfest, toujours sous une forte chaleur. Les points d’eau étaient finalement plus occupés que les bars pour se désaltérer. Malgré le monde, il était possible de se réhydrater sans attendre des plombes, grâce aux multiples sources à tous les coins du festival.

Alors que Linkin Park faisait la tête d’affiche de ce dimanche, il semblait aussi qu’il y avait plus de groupes de metalcore sur les mainstages. Il y en a pour tous les goûts, dirons-nous. J’avais moins de groupes à voir, et je me suis donc permis de passer plus de temps à Clisson avec mon frère, pour ensuite revenir sur le site vers 17h.

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DevilDriver

C’était un groupe que j’avais écouté et vraiment apprécié juste avant d’aller au festival. Musicalement, c’est un bon mélange entre Lamb Of God et Machine Head, du groove metal mélodique. Je m’étais donc décidé de voir ce que ça valait en concert, à défaut de pouvoir voir la bande de Randy Blythe.

P1080783Les Américains de DevilDriver ont débarqué sur l’excellent et foudroyant End Of The Line. Situé sur la droite du groupe, entre les deux scènes pour pouvoir bouger de l’une à l’autre sans problème, j’avais un reproche à faire qui m’avait pas mal gêné : le son. Les deux guitares n’étaient pas audibles sur le même volume, peut-être à cause de l’agencement des enceintes. Autant dire qu’il était problématique de bien suivre les lignes mélodiques du groupe.

Hormis cela, les riffs ont fulminé, attisant les pogos et faisant monter la poussière. Avec la direction du vent, c’était nous qui nous recevions tout dans la gueule. Mon excuse pour ne pas m’être jeté dans le pogo, c’était que mon œil droit pleurait et piquait après avoir reçu le jet d’eau des pompiers juste avant le concert. Cette sensation désagréable ne m’a lâché que plus tard dans la soirée.

Comme je le disais, le son n’était pas extra, mais j’étais également un peu déçu de la prestation qui manquait un peu de cœur. Les morceaux n’avaient pas le même rendu dynamique que sur disque. Malgré son charisme, le chanteur Dez Fafara avec son micro rétro jouait un peu l’Américain arrogant et n’était pas assez fédérateur selon moi. Les morceaux qui avaient le plus d’effet étaient I Could Care Less ou les derniers du set, à partir de Clouds Over California. Le public a même fait un large wall of death sur Before The Hangman’s Noose. P1080797En définitive, je m’attendais à bien mieux, mais les conditions ont joué contre moi.

Set list

  • End Of The Line
  • Not All Who Wander Are Lost
  • Grinfucked
  • Cry For Me Sky (Eulogy Of The Scorned)
  • Daybreak
  • I Could Care Less
  • Before The Hangman’s Noose
  • Clouds Over California
  • Ruthless
  • Meet The Wretched

Alter Bridge

Comme Opeth, Alter Bridge est un groupe dont je suis habitué au Hellfest, jusqu’à l’obsession, on pourrait croire. Je les ai vu lors des éditions 2011 et 2014, dans des conditions qui surpassaient le concert en tête d’affiche à Munich l’année dernière. À vrai dire, ce n’était pas une priorité pour moi de les revoir sur cette édition, mais je voulais stratégiquement me positionner près de la scène principale où se produirait Prophets Of Rage un peu plus tard, donc autant profiter de la bande de Mark Tremonti au passage.

P1080828L’équipe floridienne est arrivée avec le morceau ultra efficace Come To Life tiré de Blackbird avec son riff d’ouverture éclatant. De quoi bien accrocher le public dès le début. Alter Bridge concocte toujours une set-list très dynamique en festival pour mieux séduire le public, et délaisse les ballades, ce qui me ravit, car leurs morceaux les plus péchus sont ceux que je préfère dans leur répertoire. En dehors des classiques, on a également eu Farther Than The Sun issu de Fortress, auquel je ne m’attendais pas, ainsi que les gros riffs de Crows On A Wire tiré du dernier opus The Last Hero.

Le public autour de moi était bien plus fan du groupe que lors des premières éditions, et il s’amusait davantage. Les slammeurs pleuvaient, à un point presque agaçant où l’on devait en permanence regarder autour de soi. Quand je pense au slam que j’avais fait en 2014 et pour lequel j’avais dû négocier avec mes voisins, car j’étais le seul à vouloir le faire. Nous recevions encore les jets d’eau pour ne pas mourir de chaud, mais rien à y faire, mon œil était toujours irrité. Je prenais parfois des photos avec la larme à l’œil, ce qui pouvait laisser à penser que j’étais incroyablement ému en entendant ce groupe.

Les musiciens ont assuré, clairement. Myles Kennedy a encore jeté ses petits regards aguicheurs et très généreux au public. Le chanteur n’a pas faibli vocalement et a aussi prouvé ses talents de guitariste dans ses parties solistes, plus techniques que d’habitude, il m’a semblé depuis mon point de vue. Tremonti a aussi brillé en termes de technicité. L’énergie était là pour ce concert, mais après mon quatrième, l’effet de surprise n’était effectivement plus aussi intense pour ma part. Je n’ai pas eu les mêmes frissons sur Blackbird qu’il y a trois ans. Néanmoins, j’ai bien profité de cette prestation de qualité comme il se devait.

Par une chance extraordinaire, je suis parvenu à récupérer un médiator, qu’il me reste à chérir. Je pourrai l’ajouter aux souvenirs d’Alter Bridge au Hellfest avec la pochette de Blackbird dédicacée.

Set list

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  • Come To Life
  • Farther Than The Sun
  • Addicted To Pain
  • Cry Of Achilles
  • Ties That Bind
  • Crows On A Wire
  • Isolation
  • Blackbird
  • Metalingus
  • Show Me A Leader
  • Rise Today

À la fin du concert, j’ai pu m’avancer davantage de la barrière pour positionner pour le prochain groupe. J’ai même pu assister à la captation d’un mini-film utilisé par le Hellfest pour promovoir la prochaine édition. Suivi par une caméra, un type devait se jeter dans le public depuis l’avancée de la scène. Défi accepté, et réussi. Heureusement que le public était briefé juste avant.

De l’autre côté, sur la scène parallèle, le groupe de metalcore Of Mice And Men commençait son concert. La dimension mélodique de ce quatuor était assez prenante, notamment par le chanteur Aaron Pauley. Le groupe avait fait la première partie de Linkin Park, donc le lien était tout trouvé. J’ai suivi de loin, mais certains passages étaient plutôt sympa, et moins agaçant que A Day To Remember, aussi dans le metalcore américain bien catho.

Prophets Of Rage

Le fait de ne jamais avoir pu voir Rage Against The Machine en live était assez frustrant. Malgré leur reformation il y a environ dix ans, le désir est resté inassouvi. Pour palier ce manque, la solution est venue des membres du groupe (à l’exception de Zach De La Rocha) qui ont formé le supergroupe Prophets Of Rage avec les membres de Cypress Hill (B-Real) et de Public Enemy (Chuck D et DJ Lord aux platines). Les OG du hip-hop rencontraient judicieusement ceux qui ont le mieux allié le rap et le metal, avec qui ils avaient déjà collaboré. Le nom du groupe vient également d’une chanson éponyme de Public Enemy. Formé en 2016, cette nouvelle formation en a profité pour militer contre les Républicains et Donald Trump. Il n’était donc pas étonnant de les voir débarquer sur la scène du Hellfest, le poids levé, hurlant « Make France rage again », tandis que Tom Morello montrait l’arrière de sa guitare où un message lisait « fuck Trump » .

P1080834Après un son d’alarme lancé par DJ Lord, les riffs et la frappe groovy légendaire de Brad Wilk ont enflammé la fosse. L’ambiance était un peu trop agité et dense à mon niveau, avec des excités qui poussaient violemment pour grappiller quelques places. J’ai lâché l’affaire pour éviter de m’embrouiller, bien que les premiers vieux titres de Rage Against The Machine (Testify, Take The Power Back, Guerilla Radio) m’ait fait bouillir le sang. La foule sautait sur les rythmes puissants, dans un vrai chaos. Mais le combat le plus pénible venait du ciel, avec des défilés de slammeurs qui nous tombaient dessus. Dans ces conditions, il était clair que je voulais me décaler à un endroit où j’apprécierai davantage le concert. À certains moments, j’aurais aimé qu’on lâche purement et simplement les slammeurs, car ça devenait lourd.

C’est sur le morceau Know Your Enemy que j’ai trouvé la voie divine vers le pogo, où la densité était plus acceptable, où je pouvais plus facilement éviter les slammeurs, où j’étais plus libre de mes mouvements et où je pouvais me lâcher de la meilleure des façons. C’était un joyeux bordel, car tout le monde prenait plaisir à se rentrer dedans sur ces titres mythiques et vindicatifs. Le final de Bullet In The Head était jouissif, avec cette basse de Tim Commerford qui claquait bien et un solo de guitare étendu. Les coups explosifs de Bulls On Parade nous laissaient comme des animaux dans l’arène, sous les variations de wha de Morello. Le guitariste a aussi lancé des solos façon pistolaser, et sa fameuse technique de scratch. Évidemment, le titre où tout le monde dans la fosse s’est lâché était Killing In The Name. Les rappeurs ont même introduit la chanson en disant que c’était la plus dangereuse de toutes.

Ce pogo a été un tournant dans ce concert. Ça m’a fait du bien de me reculer pour mieux profiter. L’ambiance était sympathique. J’ai pu tomber dans le circle pit et être vite relevé. J’ai eu une petite frayeur en perdant mes lunettes, mais en parvenant à les récupérer entières, bien que tordues. J’ai croisé un mec assez costaud, un peu perché, à qui j’ai retrouvé la casquette, qui avait peur de se faire porter par la foule. Le pire n’était pas pour les slammeurs, mais ceux qui les portaient.

La fusion entre le rap et le metal des trois groupes était excellente. DJ Lord nous a également servi un petit remix de plusieurs classiques du hip-hop US. Les rappeurs Chuck D et B-Real, coiffé d’un tissu de roi saoudien, ont repris proprement les textes de Zach De La Rocha, sans la même hargne, mais avec une présence tout de même imposante.

La chanson originale Unfuck The World, qui présage déjà du bon pour les compositions de cette collaboration engagée, a fait rugir les instruments. Les trois musiciens ont également repris une chanson d’Audioslave, Like A Stone, dans une version instrumentale calme et émouvante, en hommage à Chris Cornell, décédé récemment et qui avait d’ailleurs joué au Hellfest avec Soundgarden en 2014.

C’était probablement mon meilleur concert du week-end, celui qui me restera le plus longtemps en mémoire. C’était réellement incroyable de pogoter sur les hymnes révoltés de Rage Against The Machine avec les musiciens originaux, avec une telle patate, et des rappeurs mythiques. Je suis ressorti du concert lessivé et plein de poussière, comme après une bataille, mais tellement satisfait.

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Set list

  • Prophets Of Rage
  • Testify
  • Take The Power Back
  • Guerilla Radio
  • Unfuck The World
  • Bombtrack
  • Fight The Power
  • Hand on the Pump / Can’t Truss It / Insane in the Brain / Bring the Noise / Jump Around
  • Sleep Now In The Fire
  • Like A Stone
  • Know Your Enemy
  • Bullet In The Head
  • How I Could Just Kill A Man
  • Bulls On Parade
  • Killing In The Name

J’étais intéressé pour voir le concert de Clutch, mais la foule devant la Valley et ma faim ont eu raison de ma motivation. J’ai préféré aller boire, manger et me poser. À peu de choses près, mon œil irrité ne me faisait plus mal. Plus tard, je suis allé jeter un autre œil à la prestation d’Emperor, qui célébrait les vingt ans de l’album Anthems To The Welkin At Dusk en le jouant intégralement, comme ils avaient fait il y a trois ans pour In The Nightside Eclipse. Le groupe jouait sous une Temple pleine plutôt qu’une scène principale pour des raisons logistiques, mais je pouvais suivre aisément avec l’écran géant. Le premier morceau Ye Entrancemperium m’a pas mal branché, sous une avalanche de blast beats, mais j’ai continué de me balader, ne connaissant pas cet album.

C’était difficile d’imaginer que sur le même site de festival, on pouvait passer du black metal d’Emperor au pop metal de Linkin Park. J’ai été voir de loin comme ça sonnait, espérant entendre des morceaux que je connaissais. J’avais déjà entendu les instruments jouer From The Inside depuis ma tente dans la matinée pendant les balances. Il faut dire que le groupe versait beaucoup dans des rythmes pop commerciaux, ce qui était assez étrange à entendre au Hellfest. C’est finalement assez dommage que le groupe prenne une direction aussi racoleuse, car Chester Bennington est une bête de scène, avec une forte présence et une capacité vocale stupéfiante en chant clair et en cris.

Après être retourné écouter Emperor jouer I Am The Black Wizards et Inno A Satana en rappel, j’ai réussi à entendre quelques classiques de Linkin Park comme In The End, Numb, Faint qui était très prenant sur le refrain, ou encore Papercuts et sa mélodie de fond lancinante.

The Dillinger Escape Plan

Retour ultime à la Warzone pour une dernière dose d’agitation, alors que Slayer investissait déjà la scène principale. Il se trouvait que je leur préférais The Dillinger Escape Plan, dont les jours sont comptés, car ils ont annoncé leur séparation à la fin de la tournée de Dissociation, leur dernier album. J’avais gardé un souvenir amer du concert à Montréal en 2013 où j’avais lamentablement perdu mes lunettes dans le pogo (à deux reprises consécutives). J’étais trop fatigué pour me lancer dans le pogo sur ce concert, mais j’ai pris une sacrée baffe tout de même de mon bon point du vue.

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Les musiciens, portés par les leaders Greg Puciato et Ben Weinman, étaient encore tarés sur scène. Ce dernier courait partout, montait sur tout, sautait depuis n’importe où, jetait son pied de micro, faisait tournoyer sa guitare n’importe comment, tandis que le chanteur ne tenait pas en place et hurlait dans le micro la tête collée contre les retours. On se demande comment ils arrivent à rester justes en étant aussi agités. Leur musique torturée, jetée à 100 à l’heure en pleine crise d’épilepsie à gros coups de lumières stroboscopiques, a donné de quoi agiter la tête et s’animer de spasmes. Leur comportement et leur cadence extrêmes étaient purement jouissifs. Les morceaux Panasonic Youth, Farewell, Mona Lisa et Prancer étaient de véritables bombes à fragmentation. L’énergie que ces types dégageaient était fascinante. Mention spéciale au batteur pour avoir tapé des rythmes aussi bordéliques.

La suite de leur concert alternait entre une intensité planante et angoissante à la fois, et d’autres titres ultra dynamiques et sauvages. J’ai retrouvé des morceaux que je connaissais depuis ma découverte au Canada, en plus d’autres titres issus du dernier album. J’avais oublié à quel point One Of Us Is The Killer renfermait une telle lourdeur, accablante sur le break. Ça m’a frappé sur cette performance. Les derniers titres Limerent Death et 43% Burnt ont conclus le concert dans un chaos monumental et pesant, en prenant soin de retourner la batterie avant de quitter la scène.

Le groupe a l’intelligence de se séparer avant qu’ils ne se retrouvent dans une impasse artistique. Tout de même, la folie furieuse de The Dillinger Escape Plan va nous manquer.

Set list

  • Prancer
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  • When I Lost My Bet
  • Panasonic Youth
  • Black Bubblegum
  • Symptom Of Terminal Illness
  • Milk Lizard
  • Surrogate
  • Happiness Is A Smile
  • One Of Us Is The Killer
  • Farewell, Mona Lisa
  • Sunshine The Werewolf
  • Limerent Death
  • 43% Burnt

Conclusion

C’était une très belle édition du Hellfest, marquée encore par une programmation riche, variée et puissante. J’aurais eu l’occasion de visiter chaque scène sans exception, m’égarant plus que jamais dans le desert rock stoner de la Valley pour faire de belles découvertes. C’était une fois de plus l’atmosphère excellente du Hellfest et l’organisation en constante amélioration qui m’ont le plus satisfait cette année. Tout était fait pour faire passer un bon moment aux festivaliers, et un peu de confort et un environnement agréable pendant trois jours de musique extrême de 11h à 2h du matin, c’est plutôt nécessaire. C’est l’édition qui a été la plus agréable, en matière d’accès à l’eau et de sommeil.

Les organisateurs ont su investir pour améliorer l’expérience des festivaliers et continuent d’œuvrer avec une vision intelligente en nous considérant comme des fans et non seulement comme des consommateurs de musique, comme on peut le voir sur des festivals de multinationales comme le Download qui se contente d’aligner les gros noms avec de grosses finances. J’espère que le système associatif du Hellfest perdurera. C’est à nous de le faire vivre.

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