Hellfest – 16/06/2017

Festival : Hellfest
Groupes : Les Ramoneurs de menhirs
Tagada Jones
Electric Wizard
Red Fang
Tyr
Evergrey
Animals As Leaders
Textures
Myrath
Sidilarsen
Date : Vendredi 16 juin 2017
Ville : Clisson

P1080511Il y a dix ans, j’assistais à mon premier festival de musique metal, et mes premiers concerts du style. C’était à l’édition 2007 du Hellfest, quand j’avais 15 ans. La première d’une longue série. Après y avoir assisté en 2008, 2010, 2011, 2012, 2014, j’étais prêt à y revenir pour la septième fois en 2017, la onzième édition du festival, héritier du Fury Fest, toujours organisé par Ben Barbaud.

Comme en 2014, je revenais spécialement de Prague pour y assister. L’affiche était particulièrement riche et intéressante. De quoi faire le plein de musique metal pendant un week-end à la météo radieuse, voire caniculaire.

Au cours des années, le Hellfest a joui d’une popularité croissante phénoménale et d’une exposition médiatique incroyable. Les organisateurs ont constamment investi dans le confort des festivaliers, prenant acte des mécontentements et des axes d’améliorations. On peut rappeler qu’il y a dix ans, la journée du vendredi avait été marquée par la pluie torrentielle qui avait détruit un générateur. Depuis, le festival n’a plus connu de conditions aussi catastrophiques et a fait en sorte d’éviter ces problèmes.

C’est ainsi qu’on a pu voir de plus grands moyens pour agrandir l’espace du festival pour mieux accueillir et gérer la foule, l’installation de plus de toilettes et de points d’eau, P1080514l’amélioration de la qualité et la diversification des repas servis sur les stands. Pour consolider son ambiance, les organisateurs ont aussi bâti des décors originaux : une mini-ville façon décor d’Hollywood à l’entrée du site, une façade de cathédrale comme porte d’entrée, des sièges en forme d’insectes ou d’os, une statue monumentale de Lemmy « guidant le peuple », des stands en tôles qui crachent des flammes la nuit tombée, un bar à vin dans une énorme barrique, un mini-hangar ouvert transpercé par un hélicoptère offrant de l’ombre et de la fraîcheur aux festivaliers par des brumisateurs.

Pour ma part, j’ai vraiment apprécié cette année l’agencement des scènes Altar, Temple et Valley, où l’accès était plus facile, ainsi que le décor autour de la Warzone, avec quelques gradins en pelouse synthétique. L’organisation des écrans géants était très pratique et astucieuse, et permettait de bien voir de partout, sans que la musique d’une scène n’en gêne une autre. Même si on ressentait la foule sur le site (180 000 festivaliers), tout est fait pour éviter que tout le monde soit regroupé au même endroit. Même le camping a été agrandi, et son accès a été facilité. J’ai réussi à dormir sans gueulards insomniaques, une victoire !

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J’étais arrivé la veille pour poser ma tente et visiter pour la première fois le supermarché local (toujours pris d’assaut par les festivaliers), où sont également organisés des concerts-tremplins. Après avoir récupéré une carte « cashless » à l’aube le vendredi, j’ai pu accéder au site à 10h30, me balader et découvrir le nouveau site, profiter de la pelouse verdoyante jusque devant les scènes (et qui ne la restera pas sous ce cagnard et sous les bottes des metalleux). Passons maintenant aux concerts, la raison principale de ma venue !

Sidilarsen

Ce groupe français était le deuxième à jouer sur la scène principale. Les paroles du groupe sont engagées, comme le t-shirt du guitariste chanteur aux allures de Dave Grohl : « Vade retro, Civitas », en rapport à l’association catholique intégriste qui milite contre le Hellfest et toute forme d’expression artistique. Leur musique avait des incursions électroniques, rappelant la hargne moderne et politique de Freedom For King Kong. Les musiciens, le cœur sur la main, ont même organisé le premier wall of death du festival et ont bien entraîné le public dans leur musique. J’assistais à ce concert de loin, devant l’autre scène principal en attente de Myrath, mais j’ai bien apprécié.

Myrath

La formation tunisienne a fait du chemin depuis notre dernière rencontre au Mondo Bizarro de Rennes en 2012. Au Hellfest, même s’il était tôt, Myrath pouvait profiter d’un public fourni et curieux. Leur dernier album Legacy sorti récemment continuait l’orientation metal oriental de Tales Of The Sands avec des refrains accrocheurs et moins de lignes progressives. Les morceaux joués ici faisaient la part belle au dernier album. Dans un décor mauresque et aidé par une danseuse du ventre (tous les clichés étaient réunis), le groupe a fait l’opération séduction tout en livrant une prestation bien solide. Malek et Anis à la guitare et à la basse ont démontré leur talent par des solos ou des bons gros passages de slaps.

P1080522Je garde un meilleur souvenir des concerts précédents, plus intimistes, mais c’était un plaisir de les revoir avec de nouveaux titres, et de les voir continuer leur chemin avec des performances toujours aussi colorées.

Set list

  • Believer
  • Storm Of Lies
  • Get Your Freedom Back
  • Nobody’s Lives
  • Madness
  • Merciless Times
  • Beyond The Stars

Textures

Je me suis repointé sur le concert de ce groupe néerlandais de metal progressif au moment où ils commençaient le turbulent Shaping A Single Grain Of Sand. Les éléments de cette formation sont les rythmiques djent, un chant alternant les passages hurlés et ceux plus aériens, lents et mélodiques. Leur prestation était plutôt prenante, avec des passages très techniques solidement interprétés. Malgré tout, Textures a signé sa séparation qui aura lieu en fin d’année. C’était donc l’occasion de les voir en live.

Animals As Leaders

Encore des retrouvailles avec la troupe de Tosin Abasi, qui a aussi sorti un album depuis la dernière fois, au Rock Cafe de Prague en 2015 avec Tesseract. Certains morceaux de The Madness Of Many m’étaient complètement inconnus, mais c’était le classique Tempting Time qui a ouvert les hostilités. Les titres de The Joy Of Motion, comme Ka$cade, Physical Education ou The Woven Web et ses mythiques passages de slap à la guitare, étaient déjà plus familiers. C’était amusant de revoir les grimaces de Matt Garstka, toujours aussi stupéfiant à la batterie, et toute la bande, couvrant la foule de flots techniques. Comme toujours, leur classique CAFO a terminé la prestation avec un public plus remuant.

Evergrey

C’était un groupe de metal progressif que je voulais découvrir. La musique des Suédois d’Evergrey était plus mélodique et calme que celle des autres artistes du festival. Ce n’était pas les meilleures conditions pour découvrir le groupe, qui sonnait de manière plutôt mièvre ce jour-là. Les musiciens, bien que talentueux, P1080565étaient un peu mous et peu charismatiques. Il faudra attendre les morceaux A Touch Of Blessing et Kings Of Errors pour avoir plus de riffs et de mélodies réellement prenants.

Set list

  • Leave It Behind Us
  • Passing Through
  • Distance
  • Broken Wings
  • Black Undertow
  • A Touch Of Blessing
  • King Of Errors

Tyr

Je m’étais arrêté entre deux concerts, de loin, devant ce groupe de heavy metal sous la scène Temple. Le groupe est inspiré par la musique folk et l’univers viking. Fier de ses origines féringiennes, Tyr promeut la culture des îles Féroé, jusqu’à l’absurde. Heri Joensen, le chanteur guitariste, défend le massacre des dauphins (pratique traditionnelle sur cette province du Danemark) et s’est illustré face à Paul Watson de l’association Sea Shepherd dans un débat médiatique. Ironiquement, l’association de protection marine (dont Gojira a beaucoup fait la pub) avait justement un stand sur le site du Hellfest, preuve de la pluralité dans les choix de l’organisation. J’ai d’ailleurs pu y retrouver le bouquin que j’avais traduit avec mes collègues de fac.

Pour revenir à la musique du groupe, leur prestation était prenante, avec des morceaux à hymnes épiques, des ballades puissantes, mais comme disait Paul Watson, un viking est en communion avec la nature et ne la détruit pour des raisons qui se limitent à une tradition obsolète.

Red Fang

C’était pendant le concert de Devin Townsend, toujours aussi barré, que j’ai retrouvé un autre traducteur du bouquin de Sea Shepherd, Robin, avec sa copine. Plutôt que de rester devant le Canadien taré et sa musique progressive que j’avais déjà entendue en 2010, nous avons préféré nous placer sous la tente Valley, qui accueille davantage de groupes de stoner, dont Red Fang. J’ai plus expérimenté cette scène cette année, et ce groupe américain fait partie des bonnes surprises. Malgré ma méconnaissance totale, j’ai beaucoup apprécié leur prestation péchue, à deux voix, celle plus gutturale du guitariste et celle plus claire du bassiste. Les riffs étaient bien graves pour nous faire voyager avec du desert rock puissant. Le batteur moustachu a frappé fort également.

Bonne découverte sur le moment, en préparatif du concert des Foo Fighters à Prague à la fin du moisRed Fang jouera en première partie.

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Tagada Jones

Direction la Warzone après ce concert, pour passer du stoner au punk agité des Rennais de Tagada Jones, comme il y a trois ans. À cette époque, l’accès à la scène était compliqué. Même arrivé au dernier moment avec une foule dense, j’ai réussi à contourner la régie et me retrouver bien devant sur le côté gauche, alors que les haut-parleurs balançaient des discours d’hommes politiques français, dont celui enragé du nouveau président Macron (que j’ai souvent entendu parodié sur la camping : « Car c’est notre pichet ! »). Ils allaient tous en prendre pour leur grade. Envers et contre tous et Zéro de conduite ont annoncé la couleur avec des paroles contre le système politique. C’était sur le morceau Yec’hed mad que je me suis jeté dans le pogo, avec un petit wall of death des familles.

P1080597Les musiciens étaient à fond. Le bassiste Waner remuait et tournoyait de manière effrénée, le batteur Job a mis la gomme derrière les fûts, tandis que Niko fulminait sans répit. Entre les chansons, le chanteur parlait beaucoup et enchaînait les dédicaces, en toute sincérité. Le groupe a puisé dans ses titres récents ou moins récents, faisant tout de même la part belle aux deux bons derniers albums Dissident et La peste et le choléra. J’étais heureux de retrouver Instinct sauvage, bien énervé, mais beaucoup moins heureux sur Vendetta aux paroles toujours aussi minables. La fin du concert était plus axée sur l’actualité récente des attentats parisiens (Vendredi 13 pour le Bataclan, le très bon Je suis démocratie pour Charlie Hebdo) et de la montée du Front National sans résistance des militants de gauche avec l’ultime et excellent Mort aux cons, dont le refrain entêtant se faisait entendre des festivaliers bien après la fin du concert.

C’était un concert bien sportif et militant, qui a remué la poussière dans la fosse de la Warzone. J’avais heureusement mon foulard pour éviter de m’étouffer avec la terre. J’étais agréablement surpris de voir autant de jeunes festivaliers, notamment des filles dans le public, dans le pogo et dans les slams. L’ambiance était mouvementée mais sympathique.

Set list

  • Envers et contre tous
  • Zéro de conduite
  • La peste et le choléra
  • Yec’hed mad
  • Instinct sauvage
  • Karim & Juliette
  • Tout va bien
  • Pertes et fracas
  • Descente aux enfers
  • Les nerfs à vif
  • Vendetta
  • Vendredi 13
  • Je suis démocratie
  • Mort aux cons

Les Ramoneurs de menhirs

Hormis un petit coucou après Tagada Jones à Clarisse, une ancienne camarade de prépa, je suis resté vissé un peu plus longtemps sur la Warzone pour voir une autre salve de punks bretons, les Ramoneurs de menhirs. J’avais vu ces loustics à trois reprises en 2011, mais ce soir-là, ils jouaient sur une plus grande scène dans un gros festival, ce qui ne leur ressemble pas trop. L’explication à cette participation, c’est qu’ils jouaient avec le bagad de Quimperlé, qui a rejoint les quatre Ramoneurs, P1080616Loran, Eric, Richard et Gwénaël, après quelques chansons. C’était beau de voir les deux entités réunies, et de voir un orchestre aussi ouvert pour ce mélange tradi punk dans un festival de metal, devant un public pas forcément acquis à la musique bretonne.

On a pu entendre les hymnes BellARB, la Dañs Gwadec qui fait swinguer le pogo, Porcherie suivi d’un chant des partisans revisité aux cornemuses, des reprises de standards de punk anglais, mais aussi évidemment La blanche Hermine pour finir. C’était inévitable d’entendre celle-là au Hellfest, avec son refrain « vive Fougères et Clisson ». Le pogo était bien nourri encore sur cette prestation déchaînée, où Loran a dédié plusieurs morceaux aux punks anarchistes. Le guitariste des Bérurier noir a solidement joué, tout en faisant des grimaces de possédé. Eric et Richard étaient toujours aussi excités, jouant parfois au plus près des sonneurs du Bagad Bro Kemperle. Les deux sonneurs ont excellé à la bombarde et au biniou, dans un sens comme dans l’autre, gueulant parfois en solo dans leur micro.

Pas de danseurs de gavotte ou de plinn dans le public, bien que nous ayons improvisé une petite ronde dans le pogo pendant quelques secondes. Malgré cela, les Ramoneurs ont une fois de plus amené plus d’éclectisme au festival. Je ne connaissais pas tous les morceaux comme en 2011, mais c’était un plaisir de les voir jouer exceptionnellement avec le bagad, qui a bien joué le jeu (le percussionniste grosse caisse était bien jovial aussi).

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Electric Wizard

Retour sous la Valley où je pensais retrouver mes camarades pour ce groupe anglais. Pas de signes d’eux, mais je me suis laissé aller à la découverte en assistant au concert près de la régie. Le tempo lent à la doom et la lumière tamisée ont donné une ambiance pesante, surtout avec l’écran géant faisant apparaître des images de rituels sado-maso sur des femmes dénudées. Le son était bien lourd, et la musique, hypnotique. On finissait le crâne vidé à la fin de cette séance, complètement anesthésié par cette expérience sensorielle. Assez fatigué, je m’étais assis un instant parmi la foule et avait fermé les yeux. En les rouvrant, j’avais réalisé que j’avais plané comme avec des substances, complètement emporté par la musique et par la mollesse de mon cerveau. C’était une bonne expérience de découverte.

J’ai croisé mes amis à la fin du concert, puis pris un verre avec Clarisse, avec qui j’ai assisté au début du concert de Monster Magnet, sous cette même tente, mais la fatigue a eu raison de nous, et nous n’avons pas pu rester pour la fin du concert. Je n’ai pas pu rester au bout de cette journée, mais j’avais commencé de bonne heure. Je ferai mieux le lendemain.

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