Foo Fighters – Cracovie – 09/11/2015

Groupe : Foo Fighters
Date : Lundi 9 novembre 2015
Salle : Tauron Arena
Ville : Cracovie
Première
partie :
Trombone Shorty & Orleans Avenue

Il y a des stars qui font leur diva et annulent des concerts, voire des tournées entières, pour des raisons discutables (quinte de toux, mal de crâne, ébriété, gueule de bois, mauvaise humeur, flemme), et d’autres qui s’en servent comme prétexte pour faire encore plus de concerts. C’est l’histoire de Dave Grohl qui s’est cassé la jambe en tombant de la scène du stade suédois de Göteborg le 12 juin dernier. Le chanteur et guitariste des Foo Fighters a révélé de manière candide au public : « je crois que je me suis casser la jambe, je passe faire un tour à l’hosto et je reviens ». Et c’est ce qu’il a fait. Le bougre est revenu sur scène en P1020047béquille pour achever les fans avec la dose de rock n’ roll qu’ils méritaient. Le lendemain, Grohl publiait une radio de sa jambe en miettes avec le commentaire : « merci Göteborg, ça a déchiré ! »

Rien n’arrête l’ancien batteur de Nirvana : hormis quelques dates annulées pour l’opération, le groupe a promis de jouer les concerts annoncés. Même handicapé, la jambe dans le plâtre, le chanteur continue de hurler et de marteler ses accords sur scène, assis sur un trône conçu sur mesure, orné du logo du groupe et de guitares de chaque côté façon « trône de fer ». À tel point que la tournée a été rebaptisée « Broken Leg Tour ».

En voyant l’annonce, j’ai gravement flippé car je venais d’acheter un billet pour leur concert en Pologne. J’étais tout excité à l’idée de voir les Foos que j’écoute depuis 2005 sans ne les avoir jamais vus sur scène. Il est étonnant de voir que le groupe de rock le plus puissant de notre génération (je le pense sincèrement) ne soit pas aussi bien accueilli en France qu’en Angleterre.

Au moment où j’avais pris mes billets, avec un empressement et une agitation extrêmes, je me tâtais entre Berlin, Cracovie, Paris et Lyon. Leur dernier concert en France hors festival datait de 2006, mais la Pologne était finalement plus avantageuse pour moi, pour des raisons de calendrier, de proximité, et historiques. Les Foo Fighters avaient joué la dernière fois en 1996 et leur concert retour après 18 ans d’absence s’annonçait être un événement. J’en ai profité pour jouer le touriste pour un week-end rock.

Le Tauron Arena est une salle récente, d’une capacité de 18 000 personnes en configuration concert et dont les travaux se sont achevés en 2014. Nous nous y rendons avec mes collègues brestois Cyril et Mélanie vers 17h30. L’attente à l’extérieur est relativement courte. Dans la file, les organisateurs font passer des feuilles rouges avec des instructions amusantes incitant le public à participer pendant le concert (faire un avion en papier sur Learning To Fly, chanter les paroles du refrain de My Hero), ce qui nous gâche un peu la surprise de la set list.

L’attente la plus longue, à l’entrée comme à la sortie, restera la vestiaire. La queue pour poser son blouson d’hiver est gigantesque. Cyril s’est sacrifié pendant qu’on prenait nos places dans la fosse, à quelques mètres de l’avancée. Le vestiaire est un moins dans la conception de la salle, mais celle-ci ne manque pas d’atouts, comme ces ventilateurs qui apportent de l’air frais à une foule en délire.

C’est depuis notre place idéale que nous assistons à la première partie, démarrant à 19h. Le musicien Troy Andrews, alias Trombone Shorty (ai-je besoin de spécifier son instrument de prédilection ?), et ses acolytes mettent littéralement le feu en ouverture de cette soirée. P1020042Propulsé par un son impeccable et dynamique, fort d’une section rythmique ravageuse (la batterie et la basse sont fracassantes), le groupe balance du lourd en associant les cuivres avec du hard rock punchy. La tonalité terriblement cool de leur musique assure un show brûlant et très divertissant.

Débarqués de la Nouvelle-Orléans, les musiciens donnent chacun leur tour un petit solo rock ou jazzy, à la guitare ou au saxo baryton. Leur présence sur scène est motivante, et le tromboniste gère aussi bien le chant que le cuivre, avec un souffle inépuisable. Les morceaux alternent entre les reprises rock (Bulls On Parade de Rage Against The Machine notamment) et les compositions, instrumentales ou chantées. Une première partie survitaminée.

Le rideau tombe devant la scène des Foo Fighters, affichant fièrement les insignes du groupe. Il finira par tomber vers 20h30 lorsque les premiers accords d’Everlong retentiront. À ce moment, les musiciens découvrent un public en ébullition, chantant les paroles à gorge déployée et brandissant leur papier pour former les couleurs du drapeau polonais, rouge en fosse et blanc en tribune.

P1020054Sur son trône, Dave Grohl chauffe la foule à blanc, hurlant à s’en déchirer les cordes vocales. Son allure de blessé agité lui donne une attitude encore plus rock n’ roll. Il donne l’impulsion du concert, sautillant sur son siège comme un enfant turbulent, et a enchaîné les titres avec un tempo cadencé. Monkey Wrench a succédé avec énergie à Everlong, pendant lequel le siège du chanteur s’est avancé automatiquement jusqu’au bout de l’avancée, tout près de nous pour notre plus grand bonheur.

Il faut attendre Big Me pour avoir un peu de répit, car le groupe accumule les tubes explosifs avec les acclamations du public tout du long. Après cette entrée bouillonnante, ce morceau tiré du premier album rend hommage à l’équipe technique qui encadre la tournée. Les caméras filment les roadies, ingénieurs du son, assistants instruments, régisseurs lumière, dont la tête défile sur les écrans. Certains font la grimace et se prêtent au jeu avec amusement pendant que d’autres ouvriers de l’ombre sont plus timides. Pendant ce morceau, toute la salle avait levé son portable avec lumière en guise de briquet, ce qui était très impressionnant.

Avant cet interlude, Dave prend le temps de discuter, de rappeler l’événement (« Désolé, les gars. Merci d’avoir attendu 18 ans. Il se trouve que, d’une manière ou d’une autre, on a oublié de venir vous voir », admet-il), de raconter des anecdotes sur la Pologne et d’évoquer les conséquences de sa chute. Il montre avec humour le croquis moche de son trône sur grand écran. « J’allais quand même pas seulement m’assoir sur une chaise, il me fallait un trône. »

Grohl est du genre bavard en concert. Ses petits sketchs et dialogues avec son bras droit Taylor Hawkins, également très présent sur scène, animent la soirée. Cependant, contrairement à ce que je craignais, ces interventions n’empiètent pas sur le spectacle et apparaissent à des moments précis de la soirée. La musique reste le cœur du show, et le groupe déroule sa prestation sans traîner entre les chansons.

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« On n’est pas du genre à jouer 1h30, ni 2h. Nous, on est du genre à jouer jusqu’à ce que ça doive terminer. On ne fait pas des rappels en faisant croire qu’on s’en va pour revenir. On va jusqu’au bout. » Les Foo Fighters rappelle leur crédo et dévoilent une set list éparpillée sur tous leurs albums. Tout est très bien équilibré entre ballades calmes (comme Skin And Bones) et bombes atomiques (comme Breakout, White Limo, All My Life). Congregation, tiré du dernier album Sonic Highways, pouvait facilement être élu hymne de la soirée. Les morceaux alternent entre moments doux et furies fédératrices, avec des parties parfois rallongées.

Je dois dire que le public était enflammé autour de nous. Ça swinguait, ça sautait en rythme et ça chantait passionnément fort, dans une ambiance de feu. Le groupe donne définitivement la patate et leur musique est ultra motivante. Merci aux Polonais d’être aussi expressifs et investis ! Je n’avais pas vu autant d’entrain collectif depuis longtemps en concert. J’étais également tout fou, à secouer la tête jusqu’à la migraine.

P1020071Même s’il est l’infatigable leader du groupe, Grohl n’a pas tiré la couverture qu’à lui et a présenté tous ses amis musiciens, qui se sont lancés dans des courtes reprises (« seulement la première minute des classiques du rock, on ne connaît pas la suite »). Aux côtés de l’élégant Chris Shiflett à la guitare et du discret Nate Mendel à la basse, un claviériste, Rami Jaffee, s’est rajouté sur cette tournée, sans qu’on ne l’entende beaucoup en dehors des solos. Il a déjà pu collaborer avec le groupe en studio comme en concert. Pat Smear s’est fait remarquer en terminant cul sec son gobelet d’alcool sur demande du public, entamant « na zdrowie » (santé !), mais l’ancien guitariste de Nirvana ne s’est pas démarqué dans le trio de guitares.

Taylor Hawkins était évidemment splendide ce soir, avec un jeu puissant et rafraichissant, titillé par Grohl. Il a assuré comme à son habitude les chœurs ainsi que le chant principal sur sa chanson tranquille Cold Day In The Sun. Ce batteur a un charisme de Foo.

Conclusion

Sur la fin du concert, le groupe s’est frotté à une reprise d’In The Flesh? tirée du Wall de Pink Floyd, avant de clore la fête sur le magnifique tube Best Of You. L’intensité de ce morceau, dont le break étendu était chanté par tout le public a capella, m’a filé des frissons et des souvenirs splendides. La ferveur et l’émotion qui émanaient du stade entier étaient phénoménales.

Je persiste et signe : il suffit de voir Foo Fighters en concert pour être convaincu qu’il s’agit du plus grand groupe de rock de notre époque. Dans l’attitude et dans l’esprit, ce groupe insuffle une énergie ultra positive et brûlante. Ils animent un véritable spectacle ardent. Dave Grohl assure sa réputation de mec le plus cool sur terre avec une présence ultra généreuse et fédératrice. Même avec le pied dans le plâtre, le leader donne tout et va jusqu’au bout. Une soirée mémorable !

Set list

  • Everlong
  • Monkey Wrench
  • Learn To Fly
  • Something From Nothing
  • The Pretender
  • P1020077

  • Big Me
  • Congregation
  • Walk
  • Cold Day In The Sun
  • My Hero
  • Times Like These
  • Breakout
  • Arlandria
  • White Limo
  • Skin And Bones
  • All My Life
  • These Days
  • This Is A Call
  • In the Flesh?
  • Best of You

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